2010-2012 – Série « Un abri à ciel ouvert ».

Prise de vue : 2010-2012, Paris.
Ensemble de photographies argentiques n&b (format 24×36) aux Jardins de Bagatelle.
Croisement d’un espace mental et d’une église dans un parc en ville.

Si la photographie peut être un exercice et un espace de libération, quoi photographier en ville, notre cadre de vie principal ? Rien. « Je hais ma ville ». J’en voulais alors pour preuve que je ne pouvais plus envisager cette ville comme un théâtre à photographier. Voilà ce que, désabusé par le désastre écologique annoncé et l’air du temps, l’incurie du mode de vie et la névrose aussi bien, je voulais dire en me réfugiant dans ce parc proche de chez moi, entre le désespoir et la renaissance. D’ailleurs je ne voulais rien dire à proprement parler, juste respirer, fuir l’architecture anguleuse et l’habitude encimentée, retourner au végétal avant la minéralisation finale. Il ne s’agissait donc pas d’embaumer la promenade familiale dominicale au parc, mais plutôt de retrouver mon souffle, de me frayer un passage dans un nouveau paysage, imaginé mais déjà là, comme d’autres rentrent dans une église. D’où cette impression que j’ai d’une tension spirituelle dans cette série, plutôt dépressive dans son origine, plutôt réconfortante dans son élan et son ressaisissement. Elle figure une transsubstantiation du regard et de notre lieu de vie, convoque des vivants ou des morts qui à travers fouillis et chemins se rapprochent d’une demeure nouvelle, un espace où le jeu est possible.

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